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Tunisie : le climat social délétère handicape le développement dans les régions

Les chefs d’entreprise, tous secteurs confondus, sont venus nombreux aujourd’hui 12 mai 2015 à la journée d’étude et de réflexion organisée par l’UTICA sur « La réalité de la situation économique en Tunisie et les pistes de la croissance ».

Outre les chefs d’entreprise, des experts économistes et financiers, des experts-comptables, des universitaires, des représentants des banques et des établissements financiers, ainsi que les représentants des administrations concernées ont participé à cette journée pour débattre des réalités économiques du pays, des difficultés rencontrées par les entreprises et ont présenté leur vision pour relancer l’économie nationale.

Dans son allocution d’ouverture, Wided Bouchamaoui, présidente de l’UTICA, a déclaré que la situation économique et sociale est très difficile, ajoutant que toutes les parties concernées ont besoin d’une prise de conscience de la gravité de la situation économique catastrophique comme le confirment tous les indicateurs négatifs : troubles sociaux, grèves, sit-in aussi bien dans le secteur privé que public; le secteur public impactant directement ou indirectement l’entreprise. Les grèves, a-t-elle ajouté, influencent négativement l’activité économique et représentent une menace sur la paix sociale. Elles impactent la productivité qui est devenue négative dans un grand nombre de secteurs. Or pour sortir de la crise, cette productivité doit nécessairement être améliorée. En conclusion, la présidente de l’UTICA a appelé à une trêve sociale.

Comment améliorer le pouvoir d’achat s’est interrogée la présidente de l’UTICA ? Comment promouvoir les investissements ? Sachant qu’on ne peut satisfaire tout le monde tout de suite. Bouchemaoui s’est ensuite interrogée sur les réformes à engager, le développement régional ajoutant que l’entreprise est au cœur de toutes ces problématiques. L’entreprise, a conclu la présidente, a assumé et est toujours prête à assumer ses responsabilités.

Prenant la parole, Slim Chaker, ministre des Finances, a brossé un tableau chiffré de l’économie tunisienne : bilan, perspectives à court et moyen termes, réformes à engager, défis à relever. Il a ajouté que la situation économique du pays n’est pas rassurante, soulignant que la dette publique a augmenté par rapport à l’année 2010 passant de 40 à 49 % en 2014 soit 40,6 milliards de dinars. La dette extérieure a augmenté de 60% durant les quatre dernières années passant de 15,6 milliards de dinars en 2010 à 25 milliards de dinars en 2015… Concernant les troubles sociaux, Slim Chaker a cité le cas du secteur des phosphates impacté directement par ces troubles et dont la chute des revenus a engendré une perte à l’Etat d’une valeur de 4000 millions de dinars entre 2011 et 2014.

Le budget 2015, a ajouté le ministre, a été bâti sur un taux de croissance de 3%, un prix du baril du pétrole de 95 dollars, un taux de change du dinar/dollar de 1, 800 dinars et une programmation de l’augmentation du prix des produits énergétiques en Tunisie. Ce budget de 99 milliards de dinars prévoyait 91 milliards de dinars de recettes, la différence devait être comblée par le recours à l’emprunt national et international.

Or aujourd’hui les données ont sensiblement changé avec un baril de pétrole au prix de 60 dollars, un impact des négociations salariales considérable et un dinar équivalent à deux dollars sur le marché des changes. La conséquence est que le budget de l’Etat a un besoin de financement complémentaire de 500 millions de dinars. De même qu’il y a la nécessité de recapitaliser les trois banques publiques.

La répartition du budget entre les différents départements ministériels a complètement changé cette année, comparée aux années d’avant la révolution. En effet, cinq ministères accaparent 5% du budget de fonctionnement (salaires et charges de gestion), trois ministères anciennement prioritaires, à savoir les ministères de l’Education, de l’Enseignement supérieur et de la Santé et deux nouveaux venus, lutte contre le terrorisme oblige, les ministères de l’Intérieur et de la Défense. Cette répartition est le prix à payer par la communauté nationale pour l’instabilité sociale et sécuritaire que vit le pays.

Concernant le taux d’endettement du pays (60% d’endettement extérieur et 57% d’endettement intérieur), il est passé de 40 à 47% de 2010 à 2015, ajoutant que le taux de change du dinar a influencé ce taux.

Parmi les raisons de ces difficultés économiques, le ministre a cité le climat social, l’attentisme, l’absence de vision future du gouvernement, la capacité du gouvernement à désamorcer la crise, la capacité à mettre en œuvre les réformes structurelles nécessaires, sachant que la Tunisie a connu depuis la révolution six gouvernements successifs en quatre années. Cette instabilité gouvernementale s’est répercutée sur les régions (gouvernorats et délégations).

L’objectif de l’actuel gouvernement est de réorienter l’économie de l’Union européenne – basée exclusivement sur le rapport qualité/prix- vers une économie ancrée dans l’économie mondiale à travers ses entreprises.

Concernant la situation actuelle, le ministre a relevé la chute des exportations des textiles, du cuir et chaussure, des industries mécaniques, du tourisme alors que les exportations du phosphate ont chuté de 40% et ses dérivés de 46%. Ce secteur est vraiment un secteur sinistré.

Toutefois, il existe des signes positifs dans ce tableau morose tels que l’amélioration des recettes des exportations, le recul des importations (moins 5%), un solde commercial amélioré et un taux de couverture en progression.

Abordant le chapitre des réformes, le ministre a annoncé que ces réformes visent une amélioration du rythme de croissance des entreprises. Elles intéressent la réforme de l’administration douanière, l’allègement de la pression fiscale qui est très élevée pour certains produits, la révision des taxes. En fait, a ajouté le ministre, il s’agit de mettre à plat le système actuel et de bâtir un nouveau système plus performant et plus équitable. L’objectif n’est pas de sauver les taux d’imposition, mais de sauver l’Etat, afin de lui redonner la capacité d’agir et de réaliser.

Toujours au chapitre des réformes, le ministre a abordé la question des banques publiques qui représentent 50% du marché bancaire tunisien, précisant qu’il n’y aura pas de partenariat stratégique mais un partenariat technique pour accompagner les trois banques une fois recapitalisées.

La réforme vise la réduction de la pression fiscale, de l’évasion fiscale et l’intégration progressive de l’économie informelle, grâce à la mise en place d’une fiscalité transparente, équitable et moderne.

Introduisant le débat, Nafaa Ennaifar, président de la Commission économique de l’UTICA, a fait une présentation sur : « La vision du secteur privé de la situation économique ». L’économie est en danger, la Tunisie est en danger , a lancé l’intervenant, ajoutant que pendant et après la révolution, l’entreprise tunisienne a pu maintenir le pays à flot, en assurant production, exportation et investissement. Elle a joué et joue son rôle de créateur d’emplois, de pourvoyeur de recettes fiscales et de développement régional.

Le climat social délétère dans les régions est le frein essentiel aux investissements nationaux et internationaux, ajoutant qu’il y a un discours syndical qui diabolise la réussite, bloque les réformes, fait pression sur le gouvernement, comme par exemple l’absence des représentants de l’entreprise tunisienne aux discussions sur la réforme de l’éducation et de la formation professionnelle. La version actuelle du code des investissements ne le satisfait pas et la réforme de la législation sur le PPP est vitale et son blocage est purement idéologique, continue-t-il.

Le vrai débat, a ajouté l’intervenant, n’est pas « comment répartir les richesses », mais plutôt « comment créer les richesses » car avant de les répartir il faut bien les créer !

Tunisie : le climat social délétère handicape le développement dans les régions
Tag(s) : #Économie

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