Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Chronique - UGTT - UTICA : Bras de fer et surenchères

En cette journée de 1er Mai, l’ambiance devait être, plutôt, à la fête surtout au lendemain de la signature de l’accord entre le gouvernement et la centrale syndicale stipulant une augmentation salariale de 70 et 50 dinars au profit, respectivement, du secteur public et de la fonction publique.

Mais la célébration de cette fête internationale du travail a été marquée par une tension flagrante au Palais des Congrès, notamment, entre le secrétaire général de l’UGTT, Houcine Abassi, et Wided Bouchamaoui, présidente de l’UTICA avec un lancement direct de flèches, parfois acerbes.

Il faut dire que depuis la formation du nouveau gouvernement marqué par l’entrée du parti islamiste d’Ennahdha, les relations n’ont cessé de se détériorer entre le nouveau pouvoir, d’un côté, et les différentes composantes du Front populaire et celles de l’organisation syndicale.

Et si les représentants d’Al Jabha font de la « résistance » sur les plateaux radiotélévisés avec des déclarations, souvent, incendiaires à l’égard du gouvernement, les dirigeants de l’Union générale tunisienne du travail allient les propos critiques à une escalade sur le terrain avec une recrudescence des grèves et autres mouvements sociaux.

Le gouvernement d’Habib Essid et le staff de la présidence de la République ont beau compter, dans leurs rangs, plusieurs noms d’anciens syndicalistes et de militants de gauche, le Front populaire et l’UGTT semblent ne pas avoir pardonné à Nidaa Tounès le fait d’avoir associé le parti d’Ennahdha au pouvoir et l’entente entre les deux mouvements au sein de l’Assemblée des représentants du peuple (ARP).

Ainsi, les mouvements sociaux ont été accompagnés d’un langage musclé et plein de défi de la part de certains dirigeants syndicaux dont des secrétaires généraux adjoints et, surtout, des secrétaires généraux de syndicats sectoriels.

Les débrayages n’ont pas arrêté. On citera ceux observés dans l’enseignement secondaire, supérieur, de base, télécom, transport, poste, sans oublier les arrêts de travail et de la production à la Compagnie de phosphate de Gafsa, à Petrofac, et nous en passons…

Motifs principaux invoqués : détérioration du pouvoir d’achat et non respect par la partie gouvernementale des accords déjà conclus et signés. Non, assurent les autorités officielles, la majorité des revendications sont nouvelles. Et puis, même si c’est vrai, l’application de ces accords ne peut-elle pas être reportée pendant six mois, voire un an, le temps de dépasser la situation difficile actuelle et d’entamer les réformes et les stratégies de la nouvelle équipe au pouvoir, s’interrogent les responsables des différents départements ministériels ?!

Le droit syndical, dont celui à la grève, est certes sacré, mais est-on conscient qu’en recourant aux grèves multiples et tournantes, c’est la production et la productivité qui s’en trouveront compromises, ce qui freinerait la croissance sans laquelle il n’y aura pas de création de postes d’emploi ?

Et puis, a-t-on oublié les 800 mille chômeurs, dont près de 250 mille titulaires de diplômes supérieurs ?

A noter qu’à chaque épreuve de force, le gouvernement a fini par céder et donner satisfaction à la partie syndicale. Jusqu’à quand ?

Le président de la République l’a clairement dit aussi bien lors de l’entretien avec Houcine Abassi que dans son discours du 1er Mai : Toutes les parties prenantes doivent faire preuve de compréhension et contribuer à l’effort national pour dépasser la conjoncture actuelle. Certains observateurs y voient une mise en demeure à peine voilée à l’UGTT.

Or, la centrale syndicale semble continuer sur sa lancée avec l’ouverture d’un nouveau front avec la centrale patronale. « La plupart des hommes d’affaires tunisiens courent derrière les avantages, éludent le paiement de l’impôt, soutiennent la centralisation économique et refusent l’investissement dans les régions intérieures. Un bon nombre d’hommes d’affaires en Tunisie se contentent de leurs postes de prestige au sein de l’UTICA et œuvrent à privatiser toutes les entreprises publiques pour soutenir la logique d’exploitation des ouvriers», disait Houcine Abassi dans une interview à un média étranger.

Voyant dans ces propos, une véritable déclaration de guerre contre l’UTICA, Wided Bouchamaoui n’a pas mâché ses mots et a fait monter les enchères en assurant que la centrale patronale n’a de leçon à recevoir de personne.

Plus encore, lors de son intervention à la cérémonie de célébration de la Fête du Travail, elle a affirmé que la baisse des investissements est due, essentiellement, à la recrudescence des grèves et à l’absence de stabilité sociale tout en mettant l’accent sur la nécessité d’éviter les attaques dénigrantes à l’encontre des chefs d’entreprises et de veiller au renforcement de la confiance devant régner entre les différentes parties sociales.

Accompagnant le geste à la parole, Mme Bouchamaoui s’est applaudie en prononçant ces propos laissant entendre, clairement, qu’elle n’a nullement l’intention de se laisser intimider.

Pour sa part, Béji Caïd Essebsi a essayé d’être conciliant et à se placer à égale distance des deux organisations nationales.

Ainsi, tout en reconnaissant le rôle primordial de l’UGTT, il a tenu à rappeler le passé patriotique de la centrale syndicale et a, clairement, demandé à ce qu’on laisse les hommes d’affaires travailler et investir.

Il en a même profité pour relancer son appel à faire tourner la page du passé. Si des personnes ont des problèmes avec la justice, ils auront à répondre de leur acte devant les tribunaux, mais il n’est plus possible de laisser des gens dans l’expectative à cause de soupçons. « Je n’ai pas à décider de cela, mais je tiens à exprimer mon point de vue », a-t-il tenu à préciser.

Dans un autre clin d’œil à la justice transitionnelle, il a dit qu’elle continue à être exercée tant qu’il y a une loi qui la régit dans ce sens. « Mais, attention, une loi n’est pas du Coran, l’ARP peut apporter des correctifs à toute loi si elle le juge nécessaire », a-t-il tenu à dire en substance.

Cette journée du 1er Mai a, donc, servi à démontrer que les tensions et les clivages existent réellement entre certaines parties, ce qui pourrait constituer une véritable bombe à retardement si elle n’est pas désamorcée à temps, surtout que les manœuvres déstabilisatrices faisant propager les rumeurs et les intox les plus folles sont de plus en plus nombreuses.

Avant de conclure, il est édifiant de rappeler ces deux déclarations : Houcine Abassi déclare dans sa fameuse interview : «la Tunisie vit les prémices d’une deuxième révolution sociale et de troubles sociaux au vu des crises liées au coût de la vie qui s’enveniment et le refus du gouvernement des revendications des ouvriers et la continuation de la corruption».

Au même moment ou presque, Hamma Hammami, qui se trouvait en voyage au Maroc prédisait, lui aussi, la même chose : «La Tunisie vit les prémices d’une seconde révolution, à cause des crises qu’elle vit et de la continuation de la corruption »

Télépathie, synchronisation ou simple coïncidence ? Ira-t-on vers l’apaisement ou plus de tension ?

Et pour terminer sur une note optimiste, il est bon de rappeler que, depuis 2011, les Tunisiens ont su faire prévaloir la raison et preuve de sagesse en parvenant à trouver des issues pacifiques et consensuelles aux multiples crises par lesquelles est passé le pays. En sera-t-il de même pour le cas actuel ?

Chronique - UGTT - UTICA : Bras de fer et surenchères
Tag(s) : #UTICA

Partager cet article

Repost 0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :